L’association
« Regards citoyens » a pour objet la promotion de l’engagement
citoyen à l’échelle locale, dans tous les pays du monde, à travers des actions
de sensibilisation du public à la nécessité de construire ensemble une
citoyenneté active et vivante.
Le premier projet de
l’association, Enfants d’Eléphant, s’est déroulé cette année au Sénégal, au
mois de Juin. Quatre membres de Regards citoyens – deux Françaises et deux
Sénégalais – se sont rendus dans trois villages pour enquêter sur les
associations locales. Comment fonctionnent-elles ? Quels sont leurs
projets, leurs objectifs ? Et surtout, quelles sont les motivations des
citoyens qui s’y engagent ?
L’objectif du
projet est ensuite de témoigner des initiatives associatives pour les faire
connaître et peut être faire émerger des velléités d’engagement…
Départ immédiat
pour Ndem, première étape de cette enquête !
Le village de Ndem se situe dans la
région de Diourbel, à 120 km au Nord-Est de Dakar, au Sénégal.On y accède
depuis Bambey, en empruntant une piste qui serpente entre les baobabs pendant
environ 10 km. Le climat pré-sahélien aride de cette région laisse peu de
possibilité pour le développement des activités villageoises. La
désertification croissante de la région réduit fortement les perspectives
d’avenir. Pourtant, Ndem a réussi à s’étendre au fil des années et l’exode
rural s’y trouve en grande partie enrayée. Comment expliquer un tel
développement ? Doit-on parler du « miracle » de Ndem ?
Cette réussite est le fruitdu long
travail mené par l’ONG de Ndem dans ce village.
Lorsqu’en 1985 Serigne Babacar Mbow
revient au village de ses ancêtres, accompagné par son épouse Sokhna Aissa, il ne
trouve que des enfants, des femmes et des vieillards. Les hommes ont tous
quitté cette terre désertique pour gagner leur vie ailleurs, loin de chez eux.
Les conditions de vie sont particulièrement dures : les puits sont
profonds, les femmes n’ont pas même de moulin pour moudre le mil…
Le couple décide aussitôt de s’engager
pour l’amélioration des conditions de vie des populations locales. L’association
des villageois de Ndem est ainsi fondée, elle devient ensuite ONG en 2007. Elle
rassemble aujourd’hui 4600 membres et plus de 9000 personnes bénéficient de
près ou de loin des projets menés par l’ONG.
Au fil des années, cette association
a cherché à répondre aux besoins des populations. A commencer par les
nécessités premières : l’eau (réalisation de plusieurs forages et d’un
bassin de rétention d’eau), l’éducation (ouverture d’une école primaire, d’un
collège, d’une case des tout-petits et projet de lycée) et la santé (ouverture
d’un dispensaire et d’une maternité). Au fur et à mesure, les projets se sont
consolidés et diversifiés. Une fois l’approvisionnement en eau assuré, les
habitants de Ndem ont pu par exemple lancer un projet de maraîchage biologique,
en expansion actuellement.Un système de goutte-à-goutte a été installé et la
production de légumes est relativement abondante. L’objectif est d’atteindre
l’autosuffisance alimentaire, puis éventuellement de lancer un projet de vente
de légumes de contre-saison. Les projets innovants ne manquent pas à Ndem :
prenons ainsi l’exemple du Bioterre. Depuis environ trois ans, les habitants de
Ndem élaborent leur propre combustible- le Bioterre- à partir d’argile et de
coques d’arachide.La recette a été élaborée à Ndem, après plusieurs mois de
tâtonnements. Aujourd’hui, les artisans bénéficient de ce combustible, de même
que les femmes pour la cuisine quotidienne.
L’ensemble des projets menés par
l’ONG poursuivent un seul et même objectif : permettre aux populations de
rester au village, freiner l’exode rural vers Dakar. D’où la tentative de créer
des emplois à Ndem.L’instauration d’un centre artisanal en est le plus beau témoignage.
Ce dernier réunissait presque 200 personnes à ses heures les plus glorieuses. Il
connait quelques difficultés depuis le début de la crise économique mondiale,
mais parvient à les surmonter. Tisserands, tailleurs, teinturiers… de nombreux
artisans travaillent ensemble pour réaliser des produits de qualité. Ces
derniers sont ensuite vendus en Europe dans les boutiques d’Artisans du monde, et
depuis peu dans un espace de vente nouvellement créé à Dakar (Mamm Samba).
Le petit village de Ndem est tout
sauf isolé. C’est un lieu de rencontre et d’échanges qui accueille de nombreux
visiteurs, notamment européens. Les échelles s’imbriquent pour connecter le
village au monde. L’échelle inter-villageoise d’abord, puisque l’ONG implique
les habitants des quatorze villages environnants. L’échelle étatique ensuite.
La preuve en est la récente décision de faire de Ndem le village modèle du
programme des « Eco-villages » sénégalais.
Le village est également inséré dans les réseaux
mondiaux. Les partenaires européens de l’ONG sont nombreux : en France, en
Autriche, en Belgique, en Italie... Ndem a donc réussi à s’inscrire dans la
modernité, par le choix de ses partenaires, mais aussi par la diversification
des projets de l’ONG. L’exemple le plus criant est sans doute le choix de
débuter la culture de l’aloès, dont la consommation connaît un essor
considérable en Europe.
Comment expliquer cette
réussite ? Quelle motivation anime les fondateurs de l’ONG et ses membres
les plus actifs ?
Ndem n’est pas un village comme les
autres. En son sein a été créé un daraa, un lieu d’éducation spirituelle. Le
daara de Ndem réunit les croyants mourides -un courant de l’islam né au
Sénégal- autour de leur maître spirituel, Serigne Babacar Mbow, fondateur de
l’ONG. Les membres du daraa sont appelés des talibés : ils doivent
obéissance à leur cheikh. Plus précisément, les croyants de Ndem ont emprunté
la voie baye-fall, une forme du mouridisme. La religion est omniprésente à Ndem
et rythme la vie des habitants du daraa. Des chants religieux résonnent dans le
village tout au long de la journée, et notamment lors des repas.
Si les projets de l’ONG bénéficient
à l’ensemble des villageois, ils sont surtout initiés et portés par les membres
du daraa. Sokhna Aissa parle ainsi du daraa comme de la « force vive de
l’ONG ».Pour les talibés de Serigne Babacar, leur motivation s’explique
par leur adhésion à la voie baye-fall : le baye-fallisme remet au premier
plan la valeur travail et fait du travail une prière. Travailler au
développement du village est pour les baye-falls une façon de s’accomplir
spirituellement. Leur engagement citoyen au sein du village estdonc indissociablement
un engagement spirituel.
Le lien spirituel qui unit les membres du daraa est ce
qui fait la forcede l’ONG de Ndem. C’est ce qui explique le degré
d’investissement de ses membres. A rajouter à cela,bien sûr, la personnalité
exceptionnelle des fondateurs de l’ONG et leur capacité à mener des projets
avec des partenaires européens.
Mais une question se pose
alors : le modèle de Ndem est-il reproductible ailleurs au Sénégal ? Peut-il
servir d’exemples à d’autres villages sénégalais aspirant à un même
développement ? La question mérite d’être posée mais peut difficilement
être tranchée. Sans doute faudrait-il alors un autre Serigne Babacar Mbow…
Dans tous les cas, l’exemple de Ndem
a le mérite d’attirer notre attention sur un fait. La force d’un engagement pour
une certaine communauté s’explique par la représentation que l’individu se fait
de celle-ci, qu’elle soit spirituelle, ou purement citoyenne.
Si l’on croit en son village, en son quartier, en son
pays, alors on aura la force de s’engager en sa faveur.
Pour en
savoir plus sur le projet Enfants d’Eléphant, notre enquête et Ndem nous vous
invitons à visiter notre blog : www.regardscitoyens.wordpress.com
Regards
Citoyens
Fadel, Léa, Pape Tamba et Elise
Fadel, Léa, Pape Tamba et Elise
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