dimanche 9 février 2014

Bienvenue à Keur Samba Yacine !

L’association « Regards citoyens » a pour objet la promotion de l’engagement citoyen à l’échelle locale, dans tous les pays du monde, à travers des actions de sensibilisation du public à la nécessité de construire ensemble une citoyenneté active et vivante.
Le premier projet de l’association, Enfants d’Eléphant, s’est déroulé cette année au Sénégal, au mois de Juin. Quatre membres de Regards citoyens – deux Françaises et deux Sénégalais – se sont rendus dans trois villages pour enquêter sur les associations locales. Comment fonctionnent-elles ? Quels sont leurs projets, leurs objectifs ? Et surtout, quelles sont les motivations des citoyens qui s’y engagent ?

Le village de Keur Samba Yacine se situe dans la région de Thiès, à environ 70 kilomètres au Nord de Dakar. Le village compte environ 1000 habitants – en majorité des cultivateurs qui exploitent les champs d’arachides, de manioc ou de manguiers aux alentours du village. La population est en majorité mouride et organise chaque année pour rendre hommage à Serigne Touba le Gamou annuel du village qui rassemble tout le village, les natifs de Keur Samba éparpillés au Sénégal ainsi que leurs parents.

Nous sommes arrivés à Keur Samba la veille du Gamou. Cela nous a permis de nous imprégner de l’ambiance du village et d’identifier les différentes structures associatives présentes avant de commencer notre enquête.
Notre premier interlocuteur a été l’association Diamono, l’association des jeunes du village présidée par Ababacar Sy Diagne, étudiant en droit privé à l’université de Dakar. L’association mène à Keur Samba Yacine différents projets de développement ou des activités à caractère culturel et sportif. C’est elle qui a initié le Gamou annuel en 2001 avant que celui-ci ne devienne une fête du village tout entier. La deuxième structure la plus importante du village est le groupement des femmes Sopeyi Sokhna Mame Diarra. Il regroupe environ 70 femmes du village autour de deux activités principales : la teinture du tissu et le maraîchage.

Hormis ces deux associations, le village s’organise autour de plusieurs « comités de gestion ». Il y a d’abord le comité de gestion du poste de santé : le poste de santé est le fleuron de l’engagement citoyen des habitants de Keur Samba Yacine. Sa construction a débuté en 2003 et son ouverture date de 2006. Il a été financé par le conseil régional Midi-Pyrénées (France) et le conseil régional de Thiès (Sénégal) dans le cadre d’une coopération décentralisée négociée par Chérif Diagne, directeur de l’agence régionale du développement de Thiès et natif de Keur Samba Yacine. Sa réalisation a été possible grâce à l’implication de l’association française Palabres Sans Frontières présidée par Samba Gaye et basée à Toulouse : Palabres allie un volet tourisme (l’organisation de séjours solidaires) à un volet développement (le financement de projets de développement par les revenus du tourisme). Palabres a donc initié en parallèle à la construction du poste de santé celle d’un site d’accueil composé de deux cases bien équipées destinées à recevoir des voyageurs solidaires. Chérif Diagne nous a bien précisé que « l’idée du poste de santé est consubstantielle à celle du site d’accueil » : les deux structures sont complémentaires, les transferts de fonds sont fréquents entre le site d’accueil et le poste de santé. 

Cette double réalisation poste de santé-site d’accueil constitue le succès le plus visible de l’engagement citoyen à Keur Samba Yacine. Comment expliquer cette réussite ? De nombreux facteurs peuvent être évoqués.
Soulignons d’abord l’implication des populations dans l’initiation et la pérennisation de ces deux structures. Lors de la construction du poste de santé, l’association Diamono a fourni les maçons, et d’autres habitants moins jeunes se sont joints à eux. Le poste de santé comme le site d’accueil sont gérés par des comités représentatifs des habitants du village. Des assemblées générales se tiennent annuellement devant la population pour présenter le rapport de l’année. L’organisation des séjours solidaires au site d’accueil concerne l’ensemble du village. Palabres Sans Frontières travaille avec les jeunes de Diamono pour l’accueil des voyageurs. Le groupement des femmes est également sollicité : ce sont grâce aux commandes des touristes solidaires que les femmes font vivre leur activité de teinture. Ce sont elles également qui préparent les repas du soir. Enfin, toute famille de Keur Samba Yacine est susceptible, si elle le souhaite, de devenir « famille d’accueil » d’un voyageur qui passera le plus clair de son temps chez elle.
Il faut ensuite évoquer le lien fructueux qui s’est cristallisé autour de ce double projet entre les programmes publics de développement et la population locale. Ici, il est difficile de ne pas parler de Chérif Diagne qui a joué le rôle de médiateur entre l’Etat sénégalais, les associations internationales et les habitants de Keur Samba. Il a impulsé tous les projets de développement menés à Keur Samba Yacine depuis les années 1980 en s’appuyant sur les groupements associatifs villageois – principalement celui des femmes, qu’il a contribué à fonder – et en sollicitant les programmes d’aide publique au développement. Chérif Diagne dit avoir mené ces projets « en tant qu’ancien de Keur Samba » et non en tant que directeur de l’agence régionale de développement de Thiès, même s’il précise immédiatement que sa situation professionnelle a permis d’accélérer les choses. C’est lui qui menait la coopération décentralisée entre Thiès et Midi-Pyrénées dont est né le poste de santé.
Le leader tient donc un rôle central dans le succès des projets de développement : il met à disposition des populations locales ses compétences en négociation et gestion de projet, il assure le suivi du projet, il encourage les populations locales à persévérer.
Enfin, il fallait compter sur la motivation de ceux qui s’engagent bénévolement pour la réalisation et la gestion de telles structures. Tous sont animés par le sentiment d’appartenir à une communauté qui les a construits et les fait vivre, par la volonté de rendre ce qu’elle leur a donné. Ce sentiment a été exprimé par tous les acteurs associatifs de Keur Samba Yacine. Il est la condition nécessaire à l’émergence d’un engagement citoyen.

Mais le groupement des femmes et l’association Diamono mènent également leurs activités propres, indépendantes du centre d’accueil et du poste de santé, même si les réalisations présentent plus de limites.
Le groupement des femmes a ouvert un atelier de couture et de teinture dans l’une des cases du site d’accueil. La production reste aujourd’hui très dépendante des commandes des voyageurs solidaires. Depuis 2001, le groupement des femmes exploite une parcelle de maraîchage dont la vente des productions alimente le compte d’épargne de l’association. Cette épargne ne suffit cependant pas à assurer l’essor des projets de l’association, notamment parce que la contribution des femmes est parfois nécessaire au fonctionnement du poste de santé qui reste la structure prioritaire du village. Si l’Etat sénégalais reprenait à son compte cette structure déjà solide, les associations du village seraient libérées de ce poste de dépenses.
Il est arrivé que l’association Diamono contribue également à la caisse du poste de santé, mais l’association a depuis revendiqué l’autonomie de ses fonds pour pouvoir mener ses activités propres. Celles-ci sont d’abord à caractère culturel et sportif : Diamono organise chaque année les navétanes qui constituent un poste important de dépenses – ce qui n’a pas manqué de faire l’objet d’un débat interne dans l’association. En outre, Diamono organisait jusqu’en 2009 des « week-ends culturels », constitués de différentes manifestations destinées à animer la vie sociale villageoise. Par ailleurs, Diamono a également des projets de développement : le principal consistant à revoir la gestion des déchets à Keur Samba Yacine, à travers l’installation de poubelles et la mise en place d’un système de tri.
Diamono est confrontée à plusieurs difficultés qui freinent la bonne marche des projets. Le manque de moyens financiers en est une première : Diamono compte exclusivement sur les cotisations de ses membres, les dons et les rétributions des travaux aux champs qu’elle organise. Une meilleure insertion dans le monde des programmes de développement l’aiderait peut-être à réunir des fonds. Le manque de temps ensuite : les membres de Diamono sont en grande majorité des étudiants et des élèves qui ne résident pas au village à l’année. L’association est donc gérée à distance et les activités se concentrent durant l’hivernage. Une implication plus grande des plus jeunes et des filles permettrait à court terme de réunir des forces sur place, même si cette difficulté est vouée à s’affirmer à mesure que la scolarisation progresse. Diamono a réussi à fédérer la population villageoise autour de ses évènements culturels – le Gamou annuel, les week-ends culturels, les navétanes. Ses projets de développement auraient besoin de ce même souffle pour gagner en efficacité : le défi pour le programme « Keur Samba Propre » sera de susciter l’adhésion des habitants afin qu’ils s’approprient le projet.

Keur Samba Yacine peut être pris comme le village-type, dans lequel la plupart des villages sénégalais peuvent se reconnaître et tirer des enseignements. Il prouve qu’il n’y a pas besoin de miracle pour faire naître l’engagement citoyen : une équipe motivée et organisée pour porter des projets, l’adhésion de la population pour les pérenniser ! Nous suivrons avec intérêt les évolutions de Keur Samba Yacine !

Pour en savoir plus sur le projet Enfants d’Eléphant, notre enquête et Keur Samba Yacine nous vous invitons à visiter notre blog : www.regardscitoyens.wordpress.com

Regards Citoyens

 Léa,Pape Tamba, Elise et Fadel

Kabadio de la Casamance

L’association « Regards citoyens » a pour objet la promotion de l’engagement citoyen à l’échelle locale, dans tous les pays du monde, à travers des actions de sensibilisation du public à la nécessité de construire ensemble une citoyenneté active et vivante.
Le premier projet de l’association, Enfants d’Eléphant, s’est déroulé cette année au Sénégal, au mois de Juin. Quatre membres de Regards citoyens – deux Françaises et deux Sénégalais – se sont rendus dans trois villages pour enquêter sur les associations locales. Comment fonctionnent-elles ? Quels sont leurs projets, leurs objectifs ? Et surtout, quelles sont les motivations des citoyens qui s’y engagent ?
La deuxième étape du voyage nous a conduits à Kabadio, entre le 13 et le 25 Juin. Nous y avons réalisé de nombreux entretiens et avons discuté longuement avec les habitants.Cela nous a permis de mieux comprendre la vie associative riche et animée du village.

Le village de Kabadio se situe dans la région de Ziguinchor, au Nord-Ouest de la Casamance (région située au Sud du Sénégal), à quelques kilomètres seulement de la frontière gambienne. C’est un village relativement grand (environ 3000 personnes), dont les habitants  vivent majoritairement de la pêche et de l’agriculture, productive dans les terres riches et fécondes de Casamance. La culture dominante est celle du riz, qu’il faut repiquer puis récolter à la saison des pluies.
Kabadio est composée de trois ethnies principales : les mandingues qui sont majoritaires, les diolas et les peuls. A cette diversité ethnique correspond une diversité linguistique étonnante pour des français nouvellement arrivés.

Le champ associatif villageois est riche et bien structuré.  Près d’une dizaine d’associations peuventêtre recensées, certaines particulièrement anciennes et importantes, à l’instar de l’AJUK - l’association de la jeunesse. Cette association a été notre interlocutrice principale pendant notre enquête, nous avons interrogé plusieurs de ses membres. L’AJUKregroupe quasiment tout le village et son rôle traditionnel est d’organiser des travaux collectifs dans les champs. Les villageois d’une même tranche d’âge consacrent une journée de leur semaine à l’association, au cours de laquelle ils travaillent dans la propriété d’un autre habitant du village afin de récolter des fonds servant au fonctionnement de l’association. L’avantage pour le propriétaire du terrain est de taille : les jeunes de l’AJUK peuvent finir en une journée la culture d’un champ.
Autre regroupement ancien à Kabadio : les Sam-Sam, une association qui vise à redonner la fertilité aux femmes qui ne peuvent pas avoir d’enfants en leur administrant des remèdes ancestraux.
Parmi les associations plus récemment créées figurent entre autres les Set-Setal, un groupement de femmes qui nettoient le village, Bon Esprit, une troupe de théâtre villageoise ou encore l’AFU, une association de femmes qui font du crochet. On note également la présence de quelques regroupements à caractère ethnique, à l’image de l’association Al Pulaar qui promeut le développement de la culture peule.

L’ensemble des associations de Kabadio fonctionnent en coopération avec une association française basée à Villefranche-sur-Saône, l’IEFR, « il était une fois une rencontre ». Cette dernièreaide au financement des projets collectifs portés par les associations locales du village. Elle existe depuis 1999, date d’arrivée de Benjamin Jayr, ancien président de l’IEFR, à Kabadio. Depuis elle a soutenu les projets des principales associations de Kabadio et a conduit à la création de certains groupements, dont l’AFU par exemple.

On note depuis environ une dizaine d’années une évolution dans la structure associative duvillage.  Les associations se sont multipliées, leurs projets se sont diversifiés. C’est le cas de l’AJUK par exemple dont les projets ne se limitent plus aux travaux dans les champs : ils ont lancé plusieurs initiatives, dont l’achat d’une pirogue motorisée, la construction d’un campement destiné à du tourisme solidaire, ou encore plus récemment le projet de mise en place d’un foyer socio-culturel. Prenons l’exemple des Sam-Sam également, qui ont lancé à partir de 1999 un projet de fabrication de savons, destinés à être vendus en Europe par l’IEFR.
L’évolution concerne également le fonctionnement même des associations ainsi que leur place dans le village. Au sein de l’AJUK notamment, les décisions sont désormais prises après concertation de l’ensemble des membres, ce qui était peu le cas il y a encore une vingtaine d’années. Les membres de l’association que nous avons interrogés sont tous d’accord pour louer la personnalité du nouveau président, Tidiane Diagne, qui a contribué à cette prise en compte de l’avis de chacun lors de toute prise de décision. Par ailleurs, si les notables du village étaient auparavant responsables des décisions importantes concernant Kabadio, ce rôle est désormais dévolu à l’AJUK. Son rôle est considérable au village, reconnait Abdoulaye Diabang, actuellement représentant du chef du village. Les grands projets qui engagent l’avenir de Kabadio sont menés par la jeunesse. « Sans l’AJUK, le village serait inexistant. La force vive du village est sa jeunesse », nous explique Ousmane Touré, secrétaire de la commission des affaires extérieures de l’AJUK).
L’évolution est donc manifeste. Mais comment l’expliquer ? Plusieurs facteurs doivent être  pris en compte. L’arrivée de l’IEFR d’abord, qui a permis de dynamiser une structure associative déjà solide, en donnant aux groupements associatifs davantage de moyens et donc en leur ouvrant des perspectives d’avenir.  L’éducation des jeunes également : ces derniers, de retour au village, ont envie de changer les choses. Ainsi les jeunes de l’AJUK ont désormais une section à Dakar, composée des étudiants de Kabadio à l’université Cheikh Anta Diop. Ils sont actifs pour leur village et initient des projets innovants. Enfin, l’évolution du monde dans son ensemble, la dynamique de la mondialisation qui touche le village et qui ouvre de nouvelles voies. Ainsi en est-il de la vente de savon pour les Sam-Sam ou de la vente d’objets en crochet pour l’AFU.
Plus impliqués dans la prise de décision de leurs associations respectives, et incités par l’IEFR à monter des projets, les habitants de Kabadio s’engagent pour le développement de leur village d’une façon nouvelle. A un engagement obligatoire et traditionnel s’est substitué un engagement plus volontaire et qui prend des formes plus diversifiées. Cela doit permettre à Kabadio de continuer à se développer d’une façon harmonieuse et solide.
Pour en savoir plus sur le projet Enfants d’Eléphant, notre enquête et Kabadio nous vous invitons à visiter notre blog : www.regardscitoyens.wordpress.com

Regards Citoyens
 Fadel,Léa,Elise et Pape Tamba

BIENVENUE A NDEM !

L’association « Regards citoyens » a pour objet la promotion de l’engagement citoyen à l’échelle locale, dans tous les pays du monde, à travers des actions de sensibilisation du public à la nécessité de construire ensemble une citoyenneté active et vivante.
Le premier projet de l’association, Enfants d’Eléphant, s’est déroulé cette année au Sénégal, au mois de Juin. Quatre membres de Regards citoyens – deux Françaises et deux Sénégalais – se sont rendus dans trois villages pour enquêter sur les associations locales. Comment fonctionnent-elles ? Quels sont leurs projets, leurs objectifs ? Et surtout, quelles sont les motivations des citoyens qui s’y engagent ?
L’objectif du projet est ensuite de témoigner des initiatives associatives pour les faire connaître et peut être faire émerger des velléités d’engagement…
Départ immédiat pour Ndem, première étape de cette enquête !


Le village de Ndem se situe dans la région de Diourbel, à 120 km au Nord-Est de Dakar, au Sénégal.On y accède depuis Bambey, en empruntant une piste qui serpente entre les baobabs pendant environ 10 km. Le climat pré-sahélien aride de cette région laisse peu de possibilité pour le développement des activités villageoises. La désertification croissante de la région réduit fortement les perspectives d’avenir. Pourtant, Ndem a réussi à s’étendre au fil des années et l’exode rural s’y trouve en grande partie enrayée. Comment expliquer un tel développement ? Doit-on parler du « miracle » de Ndem ?

Cette réussite est le fruitdu long travail mené par l’ONG de Ndem dans ce village.
Lorsqu’en 1985 Serigne Babacar Mbow revient au village de ses ancêtres, accompagné par son épouse Sokhna Aissa, il ne trouve que des enfants, des femmes et des vieillards. Les hommes ont tous quitté cette terre désertique pour gagner leur vie ailleurs, loin de chez eux. Les conditions de vie sont particulièrement dures : les puits sont profonds, les femmes n’ont pas même de moulin pour moudre le mil…
Le couple décide aussitôt de s’engager pour l’amélioration des conditions de vie des populations locales. L’association des villageois de Ndem est ainsi fondée, elle devient ensuite ONG en 2007. Elle rassemble aujourd’hui 4600 membres et plus de 9000 personnes bénéficient de près ou de loin des projets menés par l’ONG.
Au fil des années, cette association a cherché à répondre aux besoins des populations. A commencer par les nécessités premières : l’eau (réalisation de plusieurs forages et d’un bassin de rétention d’eau), l’éducation (ouverture d’une école primaire, d’un collège, d’une case des tout-petits et projet de lycée) et la santé (ouverture d’un dispensaire et d’une maternité). Au fur et à mesure, les projets se sont consolidés et diversifiés. Une fois l’approvisionnement en eau assuré, les habitants de Ndem ont pu par exemple lancer un projet de maraîchage biologique, en expansion actuellement.Un système de goutte-à-goutte a été installé et la production de légumes est relativement abondante. L’objectif est d’atteindre l’autosuffisance alimentaire, puis éventuellement de lancer un projet de vente de légumes de contre-saison. Les projets innovants ne manquent pas à Ndem : prenons ainsi l’exemple du Bioterre. Depuis environ trois ans, les habitants de Ndem élaborent leur propre combustible- le Bioterre- à partir d’argile et de coques d’arachide.La recette a été élaborée à Ndem, après plusieurs mois de tâtonnements. Aujourd’hui, les artisans bénéficient de ce combustible, de même que les femmes pour la cuisine quotidienne.

L’ensemble des projets menés par l’ONG poursuivent un seul et même objectif : permettre aux populations de rester au village, freiner l’exode rural vers Dakar. D’où la tentative de créer des emplois à Ndem.L’instauration d’un centre artisanal en est le plus beau témoignage. Ce dernier réunissait presque 200 personnes à ses heures les plus glorieuses. Il connait quelques difficultés depuis le début de la crise économique mondiale, mais parvient à les surmonter. Tisserands, tailleurs, teinturiers… de nombreux artisans travaillent ensemble pour réaliser des produits de qualité. Ces derniers sont ensuite vendus en Europe dans les boutiques d’Artisans du monde, et depuis peu dans un espace de vente nouvellement créé à Dakar (Mamm Samba).

Le petit village de Ndem est tout sauf isolé. C’est un lieu de rencontre et d’échanges qui accueille de nombreux visiteurs, notamment européens. Les échelles s’imbriquent pour connecter le village au monde. L’échelle inter-villageoise d’abord, puisque l’ONG implique les habitants des quatorze villages environnants. L’échelle étatique ensuite. La preuve en est la récente décision de faire de Ndem le village modèle du programme des « Eco-villages » sénégalais.
Le village est également inséré dans les réseaux mondiaux. Les partenaires européens de l’ONG sont nombreux : en France, en Autriche, en Belgique, en Italie... Ndem a donc réussi à s’inscrire dans la modernité, par le choix de ses partenaires, mais aussi par la diversification des projets de l’ONG. L’exemple le plus criant est sans doute le choix de débuter la culture de l’aloès, dont la consommation connaît un essor considérable en Europe.


Comment expliquer cette réussite ? Quelle motivation anime les fondateurs de l’ONG et ses membres les plus actifs ?

Ndem n’est pas un village comme les autres. En son sein a été créé un daraa, un lieu d’éducation spirituelle. Le daara de Ndem réunit les croyants mourides -un courant de l’islam né au Sénégal- autour de leur maître spirituel, Serigne Babacar Mbow, fondateur de l’ONG. Les membres du daraa sont appelés des talibés : ils doivent obéissance à leur cheikh. Plus précisément, les croyants de Ndem ont emprunté la voie baye-fall, une forme du mouridisme. La religion est omniprésente à Ndem et rythme la vie des habitants du daraa. Des chants religieux résonnent dans le village tout au long de la journée, et notamment lors des repas.
Si les projets de l’ONG bénéficient à l’ensemble des villageois, ils sont surtout initiés et portés par les membres du daraa. Sokhna Aissa parle ainsi du daraa comme de la « force vive de l’ONG ».Pour les talibés de Serigne Babacar, leur motivation s’explique par leur adhésion à la voie baye-fall : le baye-fallisme remet au premier plan la valeur travail et fait du travail une prière. Travailler au développement du village est pour les baye-falls une façon de s’accomplir spirituellement. Leur engagement citoyen au sein du village estdonc indissociablement un engagement spirituel.

Le lien spirituel qui unit les membres du daraa est ce qui fait la forcede l’ONG de Ndem. C’est ce qui explique le degré d’investissement de ses membres. A rajouter à cela,bien sûr, la personnalité exceptionnelle des fondateurs de l’ONG et leur capacité à mener des projets avec des partenaires européens.

Mais une question se pose alors : le modèle de Ndem est-il reproductible ailleurs au Sénégal ? Peut-il servir d’exemples à d’autres villages sénégalais aspirant à un même développement ? La question mérite d’être posée mais peut difficilement être tranchée. Sans doute faudrait-il alors un autre Serigne Babacar Mbow…
Dans tous les cas, l’exemple de Ndem a le mérite d’attirer notre attention sur un fait. La force d’un engagement pour une certaine communauté s’explique par la représentation que l’individu se fait de celle-ci, qu’elle soit spirituelle, ou purement citoyenne.
Si l’on croit en son village, en son quartier, en son pays, alors on aura la force de s’engager en sa faveur.

Pour en savoir plus sur le projet Enfants d’Eléphant, notre enquête et Ndem nous vous invitons à visiter notre blog : www.regardscitoyens.wordpress.com


Regards Citoyens 

Politique Sénégalaise : Entre ruse et mensonge!

Au Sénégal, à l’issue de chaque élection présidentielle, on assiste à une recomposition de la classe politiquequi ne repose sur aucune base scientifique ou idéologique ! Tout est motivé par ladéfense d’avantages personnels et le mensonge et la ruse constituent les leviers qu’activent les hommes politiques pour parvenir à leurs fins.
Si le Sénégal ne veut pas sombrer dans l’anarchie morale, il nous faut nous forger des bases éthiques à nos institutions et à nos comportements de tous les jours. Et notre attachement à la laïcité ne devrait point nous aveugler au point de nous priver des valeurs fondatrices d’inspiration religieuse. Si celles-ci sont absentes, les hommes s’en forgent d’autres qui les arrangent selon les circonstances et leurs intérêts particuliers du moment.
On ne le dit pas très souvent, mais la plupart des pays occidentaux dits démocratiques sont très religieux et cela ne les a pas empêchés d’être des cerbères de la laïcité. Les Etats-Unis, par exemple, peuvent paraître, vus de loin, comme un pays de mécréants et de dépravés, mais dans la réalité, c’est l’un des pays les plus religieux, les plus ‘intègres’ moralement. Le mensonge, la ruse, le louvoiement, la tortuosité sont des pratiques très fortement honnies par le peuple américain. Rappelons, pour mémoire, que si le grand Clinton a failli être destitué, ce n’était point à cause de ses relations amoureuses ‘inappropriées’ avec sa ravissante et provocatrice assistante, Monica Lewinski, mais bien plutôt parce qu’il n’avait pas dit toute la vérité sur la question. De même, si la pauvre Guinéenne Nafissatou Diallo a été purement et simplement déboutée par la justice américaine dans son procèscontre DSK, c’est tout simplement parce qu’elle a menti sous serment. Une attitude impardonnable aux yeux du juge américain et du peuple dont il défend les intérêts moraux.
S’il est vrai que l’agression sexuelle est, comme le mensonge, un délit majeur aux Etats-Unis, la commission du mensonge prive automatiquement tout plaignant de tout droit. Le raisonnement du législateur américain est la suivante, toute simple : « Si tout le monde ment, comment peut-on découvrir la vérité ? ». Et le droit ne pouvant être dit de façon heureuse que si chacun confère à la vérité son caractère sacré, le menteur, qui l’obstrue volontairement, perd toute crédibilité et ne mérite point d’être écouté, d’être protégé par la loi…
Ici, au Sénégal, où nous nous présentons partant comme les plus grands héritiers du Prophète et de ses Compagnons, la plupart de nos dirigeants politiques, d’éternels ‘transhumants’ comme les vaches du Djolof, ont érigé la ruse et le mensonge, et non la vérité, l’éthique, la droiture et la dignité, en viatiques politiques. Et, par leur influence corrosive, ils représentent un danger pour toutes les composantes de notre société ! En particulier pour notre jeunesse, l’espoir de la Nation !
Contrairement à ce que pense un célèbre ancien détenu de Reubeus, le ruseur et le menteur sont taillés dans la même roche. Un bon musulman ne se dédit pas, ne ment pas car il a peur de Dieu et veut aller au Paradis; un bon chrétien, non plus, pour les mêmes raisons. Un bon ceddo ne ment pas, ne se dédit pas non plus, non pas par crainte de Dieu, mais parce qu’il a érigé le sens de l’honneur en vertu suprême, en raison de vivre.
Mais, combien de politiciens sénégalais qui se disent croyants ont changé de partipolitique pour des raisons autres que l’opportunisme et le désir de continuer de goûter aux délices du pouvoir, quelle que soit la coloration idéologique de celui qui l’exerce? On voue aux gémonies un adversaire politique aujourd’hui, pour demain le porter au pinacle parce qu’il est devenu maître d’une prairie plus verdoyante ! Et aux premières loges des prédateurs de nos valeurs fondatrices, se trouvent quelques-uns des plus ‘éminents’ intellectuels et universitaires de ce pays. C’est simplement effarant ! Existe-t-il, ici-bas, quelque chose de plus rétribuant que le respect, la considération que confèrent le savoir et l’éthique? Pourquoi préférer le bien matériel périssable et périssant au bien moral éternel et pérennisant ?
Pourfendeurs de Wade et flagorneurs de Diouf avant-hier, pourfendeurs de Diouf et flagorneurs de Wade hier, et pourfendeurs de Wade et flagorneurs de Sallaujourd’hui… Sans aucune retenue ni aucune gêne! Agir ainsi, c’est ruser et c’est mentir, parce que les raisons qu’on avance pour justifier ces retournements de veste : ‘J’ai constaté que…’, ‘J’ai découvert que…’ , ‘Je ne savais pas que…’ ne trompent personne, même pas leurs auteurs qui n’ont cure de ce pensent d’eux leurs propresenfants, leurs amis et le peuple. Ceux qui, pour la défense de leurs intérêts personnels ou par pur manque de courage, ont fermé les yeux sur ce que faisait Wade président, n’ont absolument rien à dire aujourd’hui contre lui, après que le peuple lui a retiré son pouvoir qu’il lui avait confié! S’ils avaient été dignes et courageux, le sortant ne se serait certainement pas présenté pour un troisièmemandat, et cela aurait évité au Sénégal le désordre et les morts
Nous sommes prompts à accuser uniquement l’autre, mais en réalité le wàx-wàxeet fait partie des vices les plus ancrés dans notre société. Où se trouve la dignité que nous ont léguée nos valeureux devanciers ? Allons-nous perdre la précieuse aiguille ancestrale dans le bourbier politicien ? Qu’enseignons-nous et léguons-nous à nos enfants ? Quels sénégalais sommes-nous en train de formater ? De piètres menteurs, ruseurs et laudateurs sans scrupules!
Les Sénégalais à qui il reste un brin de dignité et de patriotisme doivent prendre leur courage à deux mains et mettre hors d’état de nuire ces fossoyeurs qui prennent le Sénégal pour une charogne ! Dans une démocratie, on ne peut pas être au pouvoir toute sa vie !

Monsieur le Président, le peuple tient le bon bout !

Contre vents et marées et l’avis des éminents constitutionalistes de ce pays, leConseil Constitutionnel a validé votre candidature à un troisième mandat ! Vous avez utilisé notre police pour la sécuriser auprix en vies humaines que nous savons ! Vous aviez dit que seul Dieu (qui est d’une patience déconcertante !) pouvait vous empêcher d’être candidat, et que vous alliez respecter le verdict des urnes le 26 février. Incapable de vous contraindre à retirer votre candidature inconstitutionnelle, le peuple vous a pris au mot et est allé voter massivement ! Et le verdict que vous entendiez est tombé, implacable ! Vous vous croyiez toujours populaire, induit en erreur que vous avez été par vous-même, par votre entourage de flagorneurs et par vos camarades de parti qui gonflaient vos meetings par des ‘militants’ grassement payés, blanchis et convoyés !
Monsiseur le Président, le réveil est brutal, mais cette fois-ci, vous avez brûlé toutes vos cartes et avez le devoir de préserver le pays ! Vous feriez mieux de ne plus écouter OuattaraNdiaye et Sall qui ne font que vous ruiner l’étroite marge de manœuvre qu’il vous reste pour demeurer encore dans le cœur meurtri de bon nombre de Sénégalais !
Aucun candidat à l’élection présidentielle ne peut engranger 35% des voix exprimées ! Et rappelez-vous qu’en 2000 Diouf avait plus de 42% au premier tour et avait néanmoins accepté un second tour qu’il allait perdre! Dignement ! Ne faites pas moins que lui !
Si vous forcez le passage, vous n’aurez plus personne pour vous soutenir dans cette aventure, même pas certains marabouts qui ont jusque-là essayé de vous comprendre, vu votre âge et votre rang. Ils auront maintenant la conviction, et vous le diront haut et fort, que c’est vous qui torpillez la paix à laquelle ils appellent les dirigeants politiques et le peuple depuis longtemps !
Les résultats sont aujourd’hui, et le seront demain, bien entre les mains de la pressenationale et internationale, de toutes les chancelleries et de toutes les missions d’observation des élections, et ces dernières ont déjà une idée très précise des tendances lourdes : le second tour est inéluctable ! Et le Sénégal ne saurait faire bande à part dans ce monde ‘globalisé’.
Cher président, il est grand temps d’arrêter l’aventure qui a tant coûté à votre peuple (plus de douze personnes fauchées par la police, des centaines de blessés, la baissede notre cote au niveau mondial, entre autres) et à vous-même (la gloire d’unMandela, d’un Senghor et d’un Diouf qui ont su quitter le pouvoir avec élégance) !
C’est vous-même qui l’avouez implicitement : environ 68% des Sénégalais ont voté contre vous au premier tour ! C’est énorme ! Le peuple a parlé et rejeté votre candidature que nous a imposée le Conseil Constitutionnel ; et il faut nécessairement l’entendre avec humilité et grandeur ! Vous ne pouvez plus le convoquer pour justifier quelque légitimité que ce soit !
Excellence, toutes les issues sont maintenant hermétiquement verrouillées. Il n’y a que deux portes de sortie honorables mais, hélas, toutes fatales pour vous : le second tour ou le désistement ! Et à votre place, j’opterais sans hésiter pour le désistement qui vous grandirait un tantinet, alors que le second tour risqueassurément d’être désastreux ! Avec votre isolement qui va aller crescendo (quel leader politique ose vous soutenir au 2ème tour ?), 15% serait un miracle ! Presque tous vos ‘fans’ sont sortis le 26 pour vous donner 32%, alors que beaucoup de vos adversaires sont restés chez eux pour plusieurs raisons. Avec la tournure des évènements, si tous les mécontents sortent…
Monsieur le Président, le peuple tient le bon bout que vous lui avait gracieusement tendu… Il ne va plus lâcher le morceau ! La cause est définitivement entendue !

La tragédie du président Wade …

Le président Wadevient de se faire battre à plate couture par son ancien premier ministre Macky Sall. A part le fait d’avoir pris la décision impopulaire d’imposer au peuple sa candidature inconstitutionnelle qui a choqué les Sénégalais et bon nombre d’observateurs, il y a d’autres raisons qui expliquent le drame qu’il vit actuellement. Ces raisons sont les six actes d’une tragédie présidentielle durant les douze années passées à la tête de l’Etat du Sénégal !
Acte I : LA TRAHISON DES ALLIES
Le président se défait de tous ses alliés significatifs qui sont allés le cherche enFrance pour lui dérouler le tapis rouge qui lui permit de se présenter et de gagner, haut la main, l’élection présidentielle de 2000 devant le Président sortant, Abdou Diouf. Ce sont, au premier tour, Abdoulaye BathilyAmath Dansokho et Landing Savané, des hommes de la Gauche sénégalaise, auxquels se joindra, au second tour, Moustapha Niassehomme du sérail et transfuge du Parti Socialiste et fondateur de l’AFP. Ces quatre personnalités marquantes de la vie politiquesénégalaise, qui l’ont porté au pouvoir, sont aujourd’hui ses adversaires les plus déterminés et ont formé avec le Parti Socialiste la coalition Bennoo siggil Senegaalqui a joué un rôle de premier plan dans la mise en place des Assises Nationales dont le programme vise à instaurer un véritable Etat de droit au Sénégal que le Maître a fait terriblement reculer sur le plan institutionnel.
Dans la sagesse populaire sénégalaise, la trahison fait partie des actes qui sont rétribués « cash » par le Créateur des cieux. « ku wor ren bu déwén, te gisu loo ko, dañu lakoo jiin waaye du jaw…. = celui qui trahi pendant une année sans en voir les conséquences, n’est que faussement accusé)

Acte II : L’ELIMINATION DES HERITIERS
Après ses alliés lors de l’élection de 2000, ce sont les  ténors de son propre parti que le président fait passer à la trappe de façon impitoyable. D’abord son fils « spirituel »Idrissa Seckmaire de Thiès, ancien directeur de Campagne du ‘père’, stratège du PDS et ancien Premier ministre, est mis au gnouf pour détournement de deniers publics. Il passe sept longs mois de détention préventive à Rebeuss pour se voir complètement blanchi par la Justice après ! En dépit de tous ces coups de massue, Idrissa Seck répond aux différents appels du président dont l’objectif était de le discréditer aux yeux de l’opinion pour le crucifier politiquement. Pari réussi en partie…
Ensuite Macky Sall, maire de Fatick, ancien Premier ministre,  est cyniquement débarqué de son poste de Président de l’Assemblée nationale par ses pairs sur instruction du Maître pour avoir osé convoquer le fils « biologique » à l’Assemblée nationale pour rendre compte de sa gestion des deniers publics qui se montent à des centaines de milliards. Son honneur bafoué, très frustré, le « diom » sérère en bandoulière, Macky renonce à tous ses mandats électifs, rompt définitivement les amarres avec le PDS avec un grand nombre de militants de qualité et fonde son propre parti, l’APR, et rejoint Benno Siggil Senegal.
Le troisième gros départ du PDS sera celui de Aminata Tall. Militante de la première heure, présentée par certains observateurs comme une proche du président, plusieurs fois ministre, ancien maire de Diourbel, elle sera mille et une fois humiliée avec des renvois intempestifs du gouvernement et du Secrétariat Général de laPrésidence de la république. Elle finit par quitter le PDS pour rejoindre l’APR de Macky Sall pour se venger du Maître. Pari réalisé…
Modou Diagne Fada, ancien dirigeant des Jeunesses libérales, a été lui aussi humilié et chassé du gouvernement. Il forme un moment le mouvement Waarwiavant de revenir dans le gouvernement – sans doute grâce au soutien de certains chefs religieux de sa contrée. Bien que présent dans le gouvernement de Wade, ce monsieur qui avait un bel avenir politique, n’a jamais véritablement repris sa place antérieure, ni dans le cœur du Président ni au sein du parti, le PDS.
Cet acte qui consiste à tuer ses propres  héritiers a été le plus grand gâchis politique du président ! Au lieu de préparer sa relève avec les personnes compétentes de son parti, il a préféré les laminer les unes après les autres pour préparer son coup de ‘dévolution dynastique du pouvoir’ que les Sénégalais ont vite fait de flairer et de rejeter de façon fracassante et humiliante. D’abord pendant les législatives de 2007 qui ont vu le PDS perdre presque toutes les villes significatives du pays y compris la capitale, puis le 23 juin 2011 qui a fait trembler le locataire du Palais et les députésprésents dans l’Hémicycle de l’Assemblée Nationale. C’est devant l’échec du plan de dévolution directe du pouvoir à son fils et le vide qu’il a lui-même fait autour de lui, que le Président pense que l’unique moyen de sauver le navire PDS et ses occupants du naufrage collectif était de se présenter lui-même à l’élection après avoir écrit noir sur blanc, et clamé haut et fort, que la Constitution ne lui permettait pas de solliciter un troisième mandat. Une décision entérinée par un Conseil Constitutionnel à la solde du Maître et dont la mise en œuvre a failli hypothéquer le pays.
(Comme le dit l’adage wolof : « Ku iñaane say dono, sa deewiin naaw » (Celui qui prive ses héritiers, meurt de façon lamentable)

Acte III : TRANSFORMATION DES ENNEMIS D’HIER EN AMIS D’AUJIURD’HUI 
Les alliés politiques et les héritiers légitimes balayés sans ménagement, le Maître tend une main tendre à certains de ses anciens adversaires politiques. C’est la récupération tous-azimuts des supposés poids-lourds du Parti Socialiste : Abdoulaye Diack de Kaolack (‘paix à son âme’, c’est le seul commentaire que la décence nous commande de faire sur lui aujourd’hui), Mbaye-Jacques Diop de Rufisque, Alassane Dialy Ndiaye, Abdoulaye M. Diop, Daouda Faye, A. Lô, Djibo Ka, entre autres. Des gens qui étaient bien là aux côtés de Diouf quand ce dernier se faisait étriller en 2000 ! Donc en réalité, des poids-welters face au poids-lourd qu’est le peuple, silencieux mais souverain et ravageur quand il le faut ! Le président a subitement oublié que c’est le peuple – et surtout sa frange jeunesse – qui l’a porté au pouvoir en 2000 et en 2007 et non de supposés leaders porteurs de voix. Cet oubli, qui s’apparente au mépris, a révolté le peuple et l’a retourné contre son ancienne idole. (Ku fàtté ñila faloon, sa folleku day gaaw… = celui qui oublie ceux qui l’ont élu, perd le pouvoir de manière sans s’en rendre compte)

Acte IV : LA PECHE AUX GRANDES GUEULES
Après avoir récupéré ceux qu’il pensait être des ‘draineurs de foules’ ou des ‘porteurs de voix’ du Parti Socialiste, le président passe au recrutement des ‘grandes gueules’ du pays, censées faire avaler au peuple tout ce qu’il concocterait et mijoterait dans sa marmite comme le fait si bien Squealer dans 1984 de l’écrivain britannique, George Orwell: le Pr. IDT, le Dr. BD, Me ED, Me AB, SMN… Parmi cette catégorie de maîtres de la parole, s’il y a des flagorneurs confirmés comme IDT et AB qui ont toujours réussi les prouesses les plus incroyables pour défendre leur maître, il en existe d’autres qui sont ‘bavards’ certes, mais qui sont des ‘esprits’ libres et dignes qui peuvent vous soutenir aujourd’hui et vous détruire demain, selon ce que leur dictent leur conscience et leur dignité: Me ED par exemple.
Les uns et les autres ont fortement contribué à la perte du Président, certains en trop le caressant dans le sens du poil et en le défendant sans intelligence au point d’irriter les plus candides d’entre nous, d’autres en n’hésitant pas à le démasquer avec virulence quand les intérêts du peuple étaient menacés… (« Noon du xariit » = votre ennemi ne peut être votre ami)

Acte V LE NEPOTISME
C’est le népotisme flagrant et choquant avec la promotion et le parachutage de parvenus, d’incapables et d’arrogants qui pensent qu’ils soutiennent le ciel en compagnie de Dieu qui constitue l’autre acte qui va irriter le petit peuple. En douze ans de gouvernance des bleus, on a consommé au Sénégal plus de carburant, plus de 4×4, plus de 8×8, plus de costumes et de cravates qu’en quarante ans de règne socialiste ! L’Etat s’est retrouvé subitement contrôlé par une coterie aux ambitions démesurées, suscitées par des responsabilités, des portefeuilles ministériels et des pouvoirs hors norme. Nul besoin de citer l’exemple le plus criard ! Un fils biologique qui est, selon son papa chéri et admiratif, un super crack et le plus doué de tous les sénégalais. Ce monsieur gère seul plus du quart du budget national et parcourt lemonde en jet privé !
Sous ce registre de l’engraissement incontrôlé des chevaux de course qui se la coulent douce dans des enclos dorés au détriment des chevaux de trait qui triment tous les jours sans sentir l’odeur du foin, il faut ajouter des largesses choquantes et révoltantes pour le petit peuple, faites à des personnes supposées influentes. Desmarabouts qui ne maîtrisent qui ne le sont que de nom, des lutteurs dans la déchéance physique et matérielle, certains chanteurs en mal d’inspiration et des associations de quartier insignifiantes, entre autres. Trois, cinq, dix, quinze, cinquante 50 millions de frais de transport pour rentrer du Palais de la république à …Grand-Dakar, Soumbédioune, Pikine, Niary-Tally…

Acte VI : LE MEPRIS DU PEUPLE
La non-prise en charge de la demande sociale a été fatale au président sortant. Dans les zones rurales, les paysans sont laissés à eux-mêmes, dans les centres urbains et périurbains, les inondations, la cherté des denrées de première nécessité (riz, gaz, huile, sucre, pain, etc.) les pénuries de toutes sortes (en particulier d’électricité et d’eau) rythment le quotidien des citadins. Soucieux de réalisations grandioses, le Maître privilégie les ponts, les autoroutes à péage, les aéroports, les tunnels, les monuments creux, au moment où les ventres sont creux… Ventre creux n’ayant pas d’oreilles, le peuple reste sourd à la rhétorique des promesses sans lendemain érigée en tactique de gouvernance politique… La période de grâce et des noces nuptiales étant terminée depuis fort longtemps, très déçue, la nouvelle mariée a regagné la demeure paternelle et entamé la procédure de divorce. Un divorce maintenant consommé ce 25 mars 2012! Sans possibilité de remariage !
Ayant épuisé toutes ses cartouches, Wade n’a aujourd’hui d’autre choix que de reconnaître la débâcle électorale mémorable de ce 25 mars 2012. L’acte est certes  heureux, mais ne le grandit point ! Il n’aurait jamais dû se présenter à cette élection ! Sa candidature inconstitutionnelle a entraîné la mort de douze personnes et bloqué le pays dans maints secteurs vitaux du pays. Cela ne doit point être occulté ! Par respect pour la mémoire des martyrs de la démocratie comme Mamadou Diop
Université Cheikh Anta DIOP de Dakar