L’association « Regards citoyens » a pour objet la promotion de
l’engagement citoyen à l’échelle locale, dans tous les pays du monde, à travers
des actions de sensibilisation du public à la nécessité de construire ensemble
une citoyenneté active et vivante.
Le premier projet de l’association, Enfants d’Eléphant, s’est déroulé cette
année au Sénégal, au mois de Juin. Quatre membres de Regards citoyens – deux
Françaises et deux Sénégalais – se sont rendus dans trois villages pour
enquêter sur les associations locales. Comment fonctionnent-elles ? Quels
sont leurs projets, leurs objectifs ? Et surtout, quelles sont les
motivations des citoyens qui s’y engagent ?
La deuxième étape du voyage nous a
conduits à Kabadio, entre le 13 et le 25 Juin. Nous y avons réalisé de nombreux
entretiens et avons discuté longuement avec les habitants.Cela nous a permis de
mieux comprendre la vie associative riche et animée du village.
Le village de Kabadio se situe dans la région de
Ziguinchor, au Nord-Ouest de la Casamance (région située au Sud du Sénégal), à
quelques kilomètres seulement de la frontière gambienne. C’est un village
relativement grand (environ 3000 personnes), dont les habitants vivent majoritairement de la pêche et de
l’agriculture, productive dans les terres riches et fécondes de Casamance. La
culture dominante est celle du riz, qu’il faut repiquer puis récolter à la
saison des pluies.
Kabadio est composée de trois ethnies
principales : les mandingues qui sont majoritaires, les diolas et les
peuls. A cette diversité ethnique correspond une diversité linguistique
étonnante pour des français nouvellement arrivés.
Le
champ associatif villageois est riche et bien structuré. Près d’une dizaine d’associations peuventêtre
recensées, certaines particulièrement anciennes et importantes, à l’instar de
l’AJUK - l’association de la jeunesse. Cette association a été notre
interlocutrice principale pendant notre enquête, nous avons interrogé plusieurs
de ses membres. L’AJUKregroupe quasiment tout le village et son rôle
traditionnel est d’organiser des travaux collectifs dans les champs. Les
villageois d’une même tranche d’âge consacrent une journée de leur semaine à
l’association, au cours de laquelle ils travaillent dans la propriété d’un
autre habitant du village afin de récolter des fonds servant au fonctionnement
de l’association. L’avantage pour le propriétaire du terrain est de
taille : les jeunes de l’AJUK peuvent finir en une journée la culture d’un
champ.
Autre regroupement
ancien à Kabadio : les Sam-Sam, une association qui vise à redonner la
fertilité aux femmes qui ne peuvent pas avoir d’enfants en leur administrant
des remèdes ancestraux.
Parmi les associations plus récemment créées figurent entre autres les
Set-Setal, un groupement de femmes qui nettoient le village, Bon Esprit, une
troupe de théâtre villageoise ou encore l’AFU, une association de femmes qui
font du crochet. On note également la présence de quelques regroupements à
caractère ethnique, à l’image de l’association Al Pulaar qui promeut le
développement de la culture peule.
L’ensemble des
associations de Kabadio fonctionnent en coopération avec une association
française basée à Villefranche-sur-Saône, l’IEFR, « il était une fois une
rencontre ». Cette dernièreaide au financement des projets collectifs
portés par les associations locales du village. Elle existe depuis 1999, date
d’arrivée de Benjamin Jayr, ancien président de l’IEFR, à Kabadio. Depuis elle
a soutenu les projets des principales associations de Kabadio et a conduit à la
création de certains groupements, dont l’AFU par exemple.
On note depuis
environ une dizaine d’années une évolution dans la structure associative duvillage. Les associations se sont multipliées, leurs
projets se sont diversifiés. C’est le cas de l’AJUK par exemple dont les
projets ne se limitent plus aux travaux dans les champs : ils ont lancé
plusieurs initiatives, dont l’achat d’une pirogue motorisée, la construction
d’un campement destiné à du tourisme solidaire, ou encore plus récemment le
projet de mise en place d’un foyer socio-culturel. Prenons l’exemple des
Sam-Sam également, qui ont lancé à partir de 1999 un projet de fabrication de
savons, destinés à être vendus en Europe par l’IEFR.
L’évolution
concerne également le fonctionnement même des associations ainsi que leur place
dans le village. Au sein de l’AJUK notamment, les décisions sont désormais
prises après concertation de l’ensemble des membres, ce qui était peu le cas il
y a encore une vingtaine d’années. Les membres de l’association que nous avons
interrogés sont tous d’accord pour louer la personnalité du nouveau président,
Tidiane Diagne, qui a contribué à cette prise en compte de l’avis de chacun
lors de toute prise de décision. Par ailleurs, si les notables du village
étaient auparavant responsables des décisions importantes concernant Kabadio,
ce rôle est désormais dévolu à l’AJUK. Son rôle est considérable au village,
reconnait Abdoulaye Diabang, actuellement représentant du chef du village. Les
grands projets qui engagent l’avenir de Kabadio sont menés par la jeunesse. « Sans
l’AJUK, le village serait inexistant. La force vive du village est sa
jeunesse », nous explique Ousmane Touré, secrétaire de la commission des
affaires extérieures de l’AJUK).
L’évolution est
donc manifeste. Mais comment l’expliquer ? Plusieurs facteurs doivent
être pris en compte. L’arrivée de l’IEFR
d’abord, qui a permis de dynamiser une structure associative déjà solide, en
donnant aux groupements associatifs davantage de moyens et donc en leur ouvrant
des perspectives d’avenir. L’éducation
des jeunes également : ces derniers, de retour au village, ont envie de
changer les choses. Ainsi les jeunes de l’AJUK ont désormais une section à
Dakar, composée des étudiants de Kabadio à l’université Cheikh Anta Diop. Ils
sont actifs pour leur village et initient des projets innovants. Enfin,
l’évolution du monde dans son ensemble, la dynamique de la mondialisation qui
touche le village et qui ouvre de nouvelles voies. Ainsi en est-il de la vente
de savon pour les Sam-Sam ou de la vente d’objets en crochet pour l’AFU.
Plus impliqués
dans la prise de décision de leurs associations respectives, et incités par
l’IEFR à monter des projets, les habitants de Kabadio s’engagent pour le
développement de leur village d’une façon nouvelle. A un engagement obligatoire
et traditionnel s’est substitué un engagement plus volontaire et qui prend des
formes plus diversifiées. Cela doit permettre à Kabadio de continuer à se
développer d’une façon harmonieuse et solide.
Pour en
savoir plus sur le projet Enfants d’Eléphant, notre enquête et Kabadio nous
vous invitons à visiter notre blog : www.regardscitoyens.wordpress.com
Regards
Citoyens
Fadel,Léa,Elise et Pape Tamba
Bonjour,
RépondreSupprimerJ’aimerais contacter avec AJUK, avez-vous une adresse email ou un téléphone ?
Merci beaucoup.