dimanche 9 février 2014

Kabadio de la Casamance

L’association « Regards citoyens » a pour objet la promotion de l’engagement citoyen à l’échelle locale, dans tous les pays du monde, à travers des actions de sensibilisation du public à la nécessité de construire ensemble une citoyenneté active et vivante.
Le premier projet de l’association, Enfants d’Eléphant, s’est déroulé cette année au Sénégal, au mois de Juin. Quatre membres de Regards citoyens – deux Françaises et deux Sénégalais – se sont rendus dans trois villages pour enquêter sur les associations locales. Comment fonctionnent-elles ? Quels sont leurs projets, leurs objectifs ? Et surtout, quelles sont les motivations des citoyens qui s’y engagent ?
La deuxième étape du voyage nous a conduits à Kabadio, entre le 13 et le 25 Juin. Nous y avons réalisé de nombreux entretiens et avons discuté longuement avec les habitants.Cela nous a permis de mieux comprendre la vie associative riche et animée du village.

Le village de Kabadio se situe dans la région de Ziguinchor, au Nord-Ouest de la Casamance (région située au Sud du Sénégal), à quelques kilomètres seulement de la frontière gambienne. C’est un village relativement grand (environ 3000 personnes), dont les habitants  vivent majoritairement de la pêche et de l’agriculture, productive dans les terres riches et fécondes de Casamance. La culture dominante est celle du riz, qu’il faut repiquer puis récolter à la saison des pluies.
Kabadio est composée de trois ethnies principales : les mandingues qui sont majoritaires, les diolas et les peuls. A cette diversité ethnique correspond une diversité linguistique étonnante pour des français nouvellement arrivés.

Le champ associatif villageois est riche et bien structuré.  Près d’une dizaine d’associations peuventêtre recensées, certaines particulièrement anciennes et importantes, à l’instar de l’AJUK - l’association de la jeunesse. Cette association a été notre interlocutrice principale pendant notre enquête, nous avons interrogé plusieurs de ses membres. L’AJUKregroupe quasiment tout le village et son rôle traditionnel est d’organiser des travaux collectifs dans les champs. Les villageois d’une même tranche d’âge consacrent une journée de leur semaine à l’association, au cours de laquelle ils travaillent dans la propriété d’un autre habitant du village afin de récolter des fonds servant au fonctionnement de l’association. L’avantage pour le propriétaire du terrain est de taille : les jeunes de l’AJUK peuvent finir en une journée la culture d’un champ.
Autre regroupement ancien à Kabadio : les Sam-Sam, une association qui vise à redonner la fertilité aux femmes qui ne peuvent pas avoir d’enfants en leur administrant des remèdes ancestraux.
Parmi les associations plus récemment créées figurent entre autres les Set-Setal, un groupement de femmes qui nettoient le village, Bon Esprit, une troupe de théâtre villageoise ou encore l’AFU, une association de femmes qui font du crochet. On note également la présence de quelques regroupements à caractère ethnique, à l’image de l’association Al Pulaar qui promeut le développement de la culture peule.

L’ensemble des associations de Kabadio fonctionnent en coopération avec une association française basée à Villefranche-sur-Saône, l’IEFR, « il était une fois une rencontre ». Cette dernièreaide au financement des projets collectifs portés par les associations locales du village. Elle existe depuis 1999, date d’arrivée de Benjamin Jayr, ancien président de l’IEFR, à Kabadio. Depuis elle a soutenu les projets des principales associations de Kabadio et a conduit à la création de certains groupements, dont l’AFU par exemple.

On note depuis environ une dizaine d’années une évolution dans la structure associative duvillage.  Les associations se sont multipliées, leurs projets se sont diversifiés. C’est le cas de l’AJUK par exemple dont les projets ne se limitent plus aux travaux dans les champs : ils ont lancé plusieurs initiatives, dont l’achat d’une pirogue motorisée, la construction d’un campement destiné à du tourisme solidaire, ou encore plus récemment le projet de mise en place d’un foyer socio-culturel. Prenons l’exemple des Sam-Sam également, qui ont lancé à partir de 1999 un projet de fabrication de savons, destinés à être vendus en Europe par l’IEFR.
L’évolution concerne également le fonctionnement même des associations ainsi que leur place dans le village. Au sein de l’AJUK notamment, les décisions sont désormais prises après concertation de l’ensemble des membres, ce qui était peu le cas il y a encore une vingtaine d’années. Les membres de l’association que nous avons interrogés sont tous d’accord pour louer la personnalité du nouveau président, Tidiane Diagne, qui a contribué à cette prise en compte de l’avis de chacun lors de toute prise de décision. Par ailleurs, si les notables du village étaient auparavant responsables des décisions importantes concernant Kabadio, ce rôle est désormais dévolu à l’AJUK. Son rôle est considérable au village, reconnait Abdoulaye Diabang, actuellement représentant du chef du village. Les grands projets qui engagent l’avenir de Kabadio sont menés par la jeunesse. « Sans l’AJUK, le village serait inexistant. La force vive du village est sa jeunesse », nous explique Ousmane Touré, secrétaire de la commission des affaires extérieures de l’AJUK).
L’évolution est donc manifeste. Mais comment l’expliquer ? Plusieurs facteurs doivent être  pris en compte. L’arrivée de l’IEFR d’abord, qui a permis de dynamiser une structure associative déjà solide, en donnant aux groupements associatifs davantage de moyens et donc en leur ouvrant des perspectives d’avenir.  L’éducation des jeunes également : ces derniers, de retour au village, ont envie de changer les choses. Ainsi les jeunes de l’AJUK ont désormais une section à Dakar, composée des étudiants de Kabadio à l’université Cheikh Anta Diop. Ils sont actifs pour leur village et initient des projets innovants. Enfin, l’évolution du monde dans son ensemble, la dynamique de la mondialisation qui touche le village et qui ouvre de nouvelles voies. Ainsi en est-il de la vente de savon pour les Sam-Sam ou de la vente d’objets en crochet pour l’AFU.
Plus impliqués dans la prise de décision de leurs associations respectives, et incités par l’IEFR à monter des projets, les habitants de Kabadio s’engagent pour le développement de leur village d’une façon nouvelle. A un engagement obligatoire et traditionnel s’est substitué un engagement plus volontaire et qui prend des formes plus diversifiées. Cela doit permettre à Kabadio de continuer à se développer d’une façon harmonieuse et solide.
Pour en savoir plus sur le projet Enfants d’Eléphant, notre enquête et Kabadio nous vous invitons à visiter notre blog : www.regardscitoyens.wordpress.com

Regards Citoyens
 Fadel,Léa,Elise et Pape Tamba

1 commentaire:

  1. Bonjour,

    J’aimerais contacter avec AJUK, avez-vous une adresse email ou un téléphone ?
    Merci beaucoup.

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